Helio Corbeil: les salariés CGT “retiennent” le représentant des patrons hollandais
“Garde à vue républicaine…”. C’est l’expression des élus Filpac-CGT de l’imprimerie Helio-Corbeil pour définir le “kidnapping” pacifique d’Yvan Lesniak, représentant pruncipal des actionnaires hollandais, le groupe Circle Printers. Cette action fait suite au Comité d’Entreprise Extraordinaire (CEE) tenu dans l’usine mercredi 17 février convoqué par la direction pour annoncer la mise en place d’un plan de licenciement de 55 salariés.

À droite sur l'image, pendant l'action, Marc Roumejon, secrétaire général de l'UD CGT 91 (Photo Laurent Tangre)
À l’initiative de la CGT, les salariés présents dans l’entreprise ont envahi à 9h30 la réunion du CE pour exiger l’arrêt de la procédure de licenciements collectifs. Ils ont décidé de retenir Yvan Lesniak, représentant de Circle Printers, pour demander aux dirigeants de la Socpresse (Groupe Dassault), MM. Morel (patron du Figaro) et Bechter (maire de Corbeil) une réunion rapide afin de revoir le plan de charge d’impression du TV Magazine du groupe Figaro à Helio Corbeil. Depuis plusieurs semaines, ce TV Magazine est imprimé à Charleroi, en Belgique, et met en danger la pérennité du site corbeillois.
Cette décision vient de la décision de la Socpresse de réduire drastiquement la fabrication à Helio Corbeil, en prenant prétexte d’une réduction des coûts. Cette décision est en contradiction avec la reconnaissance du savoir-faire professionnel d’Helio, reconnu par les dirigeants du groupe Figaro, et l’accord signé en 2006 entre la Socpresse et la CGT.
Si elle était appliquée, les effectifs, d’aujourd’hui 137 personnes, seraient amputés de 55 salariés, après une longue série de plans de licenciement dans les dernières années.
Dans l’après-midi, le principe d’une réunion était acquis. Elle aura lieu lundi 22 février à Paris, à 10h30, entre Socpresse (Bechter), Figaro (Morel), Circle Printers (Lesniak) et IEN (Hallais), avec naturellement la CGT. Le “kidnapping” d’Yvan Lesniak a donc été levé sur-le-champ.
On pourra lire ci-dessous la déclaration des élus Filpar-Cgt au CE, où l’historique de la situation et les moyens d’en sortir sont détaillés.
DECLARATION des élus FILPAC/CGT à la
REUNION du COMITE d’ENTREPRISE du
17 février 2010
Déjà sur le secteur économique, nous ne sommes pas d’accord avec votre constat quand vous dites que la baisse des volumes est constante. Rien n’est fait sur le rapatriement de la charge de travail faite à l’extérieur de nos frontières. Par contre la baisse des prix, que vous organisez depuis de nombreuses années, est bien réelle.
Si Hélio-Corbeil ne peut plus réaliser l’impression du “gros cahier” du TV Magazine, la responsabilité vous en incombe. En 2006, un Comité de Pilotage, gagné par la lutte des salariés, devait aboutir sur la reconstruction de l’entreprise avec du matériel neuf répondant aux exigences des clients en tant que prix que de qualité et de compétitivité. Vous n’avez jamais voulu que ce Comité de Pilotage avance et réalise ses objectifs. La situation que vous décrivez est de votre responsabilité et c’est encore une fois les salariés qui vont assumez vos erreurs.
Maintenant sur le projet que vous décrivez, durer est bien le maître-mot mais comment avoir confiance dans ce propos ? Même pour durer, Hélio-Corbeil a besoin d’investissements. Vous faites 3 millions d’€ de remise en état des machines pour améliorer la productivité, la rentabilité et la compétitivité du site de Mary-sur-Marne. Vous ne faites rien à Corbeil, comment voulez-vous que nous croyons que votre projet économique nous fasse durer? Nous voyons bien que vous faites d’Hélio-Corbeil un atelier décentralisé de Mary-sur-Marne, pour ne pas dire protégé puisque ce type d’appellation est pour les travailleurs handicapés à moins que vous nous considériez comme tels, comme vous l’avez fait à une certaine époque avec Blois. Quand nous voyons sur 4 ou 5 ans les conséquences de ce type de projet, nous pouvons avoir que des craintes. Objectivement, vous avez la volonté d’organiser la fermeture d’Hélio-Corbeil en deux temps, comme vous l’avez fait avec Blois. Et même si nous devions croire à votre projet, nous n’y voyons pas une volonté de pérenniser le site pour le positionner dans l’avenir et qu’il retrouve sa place avant la reprise par Québécor à l’époque. Nous ne pouvons que constater les dégâts de cette reprise en septembre 2001. 330 salariés composaient l’entreprise avec 4 rotatives en fonction 24h/24 et 7j/7. Dès l’arrivée de Québécor, l’effectif devait être ramené à 280 avec 6 équipes le week-end, pour la première fois nous avons connu des périodes de sous-charge dans les moments creux de l’année. Jamais avec Hachette et E2G par la suite, nous avions vu pareille situation. Dès septembre 2002 cette sous-charge organisée, je dis bien organisée, puisque des personnes bienveillantes me téléphonaient pour me dire de ne pas chercher le TV Hebdo qui roulait le week-end à Corbeil puisqu’il était à l’Imprimerie Nationale de Bondoufle, pour revenir sur les effectifs. Dans votre historique, M. Lesniak, vous oubliez une chose. En 2003, quand vous avez décidé de revoir la rémunération des commerciaux en passant la partie fixe du salaire à 60% au lieu de 80 % et en conséquence le passage de la partie prime de 20% à 40 %. Votre argument de l’époque, que vous aviez évoqué en Comité de Groupe, a été de dire que maintenant ç’allait cracher du jus dans les entreprises. Nous pouvons vous dire que cela crache sec et que les cessions et les fermetures se sont multipliées depuis. Encore une sage décision du Comité de Direction du groupe Québécor qui n’a fait que plonger les salariés dans la détresse et dans la misère.
Cette situation a perduré jusqu’en 2006 où l’entreprise a perdu une centaine de salariés pour arriver à un objectif de 143 personnes. Même aujourd’hui cet effectif n’est pas respecté puisque nous sommes 137. Votre projet comporte 55 licenciements donc vous souhaitez arriver à un effectif de 82 salariés soit une perte de 248 personnes en 8 ans. A l’énoncé de tels chiffres, comment voulez-vous que nous ayons confiance en vous ? Québécor nous a lâchés en 2008 pour devenir CirclePrinters, ce changement de nom n’a eu aucune incidence puisque les dirigeants incompétents qui composaient le Groupe France sont restés en place.
En conclusion, nous sommes toujours dans l’attente d’une table ronde entre les principaux acteurs de la profession que sont les donneurs d’ordre, les éditeurs, les dirigeants des entreprises de l’industrie graphique et les syndicats. Notre fédération la FILPAC/CGT met tout en Å“uvre pour la tenue de celle-ci au niveau du Conseil Général de l’Ile de France. En attendant, nous demandons la suspension des plans sociaux et en même temps que la table ronde nous demandons un moratoire sur les plans sociaux et les licenciements inclus dans ceux-ci.
Aujourd’hui, tant que nous n’aurons pas un rendez-vous avec MM. Morel et Bechter sur le maintien de la charge de travail en terme de chiffre d’affaires et de volume, nous ne discuterons pas d’un Plan de Sauvegarde de l’Emploi. Seul le résultat de cette négociation nous permettra de regarder les conséquences sociales et les ajustements que nous devrons faire. Messieurs, à partir de ce moment vous êtes en garde à vue républicaine jusqu’à la venue de Messieurs Morel et Bechter.
Les élus FILPAC/CGT







