Les impôts chez IBM: l’arnaque à l’amiante
Le 20 avril 2010, les sections syndicales SNADGI-CGT et SNT-CGT (Éric Nayac et Annie Robert comme dirigeants respectifs) publiaient un tract qui a fait du bruit (lire le premier article sur notre site). L’ensemble des services des Impôts de Corbeil, avec deux Hôtels et trois Trésoreries, doit déménager au Coudray-Montceaux, dans l’ancien siège social d’IBM. Le 7 avril, la directrice des Services Fiscaux de l’Essonne jetait un pavé (involontaire ?) dans une mare déjà bien polluée. Après avoir juré que tout était en règle, foi de vendeur à l’appui, Mme Dumont annonçait une forte présence d’amiante dans le bâtiment. Les sous-sols et la nappe phréatique du site sont soupçonnés, de leur côté, depuis des années d’être souillés par des produits chimiques toxiques et cancérigènes.
Évidemment, pas question de laisser 350 agents des Impôts s’installer dans ce musée du poison. Le désamiantage va coûter du temps et de l’argent public. Mais l’affaire montre aussi des pratiques curieuses entre ville de Corbeil et Communauté d’Agglomération Seine-Essonne, qui ont en commun un personnage expert en bonnes affaires: Serge Dassault.
Le 13 janvier 2009, le SNADGI CGT lançait l’alerte dans une lettre ouverte à cette Mme Dumont. La DRIRE (Industrie, Recherche et Environnement) avait émis des recommandations pour ce site classé Seveso, donc chimiquement dangereux. Dès 2007, on savait que l’eau souterraine contenait des produits chlorés toxiques. Le syndicat réclamait des analyses de sols plus précises et des garanties sanitaires avant l’installation des premiers agents.
Mme la Directrice répondait avec un léger dédain devant tant de paranoïa que “tous les certificats de conformité avaient été joints à l’acte de vente. Il n’y avait pas lieu de s’alarmer”. Le 7 avril 2010, rétropédalage brutal après la mise en évidence par le Cabinet Véritas de fortes présences d’amiante. Et zéro explication sur les premiers certificats de la série “Circulez, y a rien à voir !” ? Vous avez dit bizarre ?
La seule certitude est que quelqu’un n’est pas clair. Certificat de complaisance au départ, ce qui s’appelle au pénal “mise en danger de la vie d’autrui” ? Ou simple manque d’expérience de la part du vendeur IBM, une PMI hors d’état de se payer des analystes compétents ? Et que penser du manque de curiosité de Mme Dumont envers un site qui suscite de fortes suspicions bien avant les années 2000 ? D’autant que, pour des spécialistes des finances, de petits détails clochent. Pourquoi payer quelque 7 millions d’euros (aménagement intérieur compris) pour un bâtiment à l’environnement douteux ? Pourquoi quitter un confortable centre ville de Corbeil pour un terrain industriel classé Seveso ? “Ce qui nous importe”, insiste la CGT, “c’est la santé des agents. Or, nous constatons que le vendeur, la Communauté d’Agglomération Seine-Essonne, prenait le risque de laisser s’installer des agents au péril de leur santé !”. Mme Dumont ne semble pas s’être posé ce genre de questions, alors qu’elle jouit d’une réputation de femme connaissant ses dossiers et au caractère peu délégataire. Mais à l’égard de sa hiérarchie, chercher à comprendre n’est-ce pas commencer à désobéir ?
Une autre question est la position des collectivités locales en cause au moment de la vente. Le maire du Corbeil de l’époque s’appelle Serge Dassault. Il laisse partir 350 emplois qui apportent à sa commune et ses commerçants des revenus non négligeables, et en fait généreusement cadeau à la petite commune voisine du Coudray-Montceaux, qui pratique le logement social comme un patron de sans-papiers utilise le droit du travail. La réponse s’appelle solidarité, puisque les deux villes font partie de la même Communauté d’Agglo, dont le président s’appelle… Serge Dassault. Même solidarité envers la jeune PMI nommée IBM, qui a déjà reçu du maire-président un allègement multimillionnaire de la Taxe professionnelle, en échange de centaines de suppressions d’emplois. Quand on aime, on ne compte pas.
Grâce aux interventions de la CGT, on a évité le pire. Mais l’affaire n’est pas finie. Alors que la DG ne veut pas remettre en cause l’acte d’achat (n’y a-t-il pas eu tentative de tromperie sur la marchandise ?), le syndicat a déclaré le 7 avril dernier “qu’aucun agent ne doit rentrer dans les lieux tant que le désamiantage n’aura pas été fait et que nous n’aurons pas l’assurance, par un organisme offrant des garanties d’indépendance et de neutralité indéniables, de l’innocuité totale du site avant toute installation des services prévue en juillet 2011″. Qui va payer ? Un vendeur déjà suspect ou le contribuable ?
D’autres questions demeurent. Qui a bidonné les premières analyses ? Sur quelles bases a été fixé le prix d’achat ? Qui va payer la dépollution des terrains toxiques ? Mme Dumont doit avoir encore des histoires passionnantes à  raconter, pourvu que sa patronne, Mme Christine Lagarde, lui en donne l’autorisation. Qui prend les paris ?







